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Netia Jones: la curiosité sans limites
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Netia Jones: la curiosité sans limites

Publié le 11 September 2026 à 06:18
Auteur : Jean-Jacques Roth

La metteuse en scène britannique s’empare de La Tempête de Frank Martin en ouverture de saison. Fascinée par les nouvelles technologies et vidéaste de ses spectacles, elle y fera régner son art des lectures surprenantes, engagées et profondément musicalesIl est possible que vous ne soyez pas familier avec ces noms : Tan Dun, Unsuk Chin ou Pascal Dusapin. Ce sont quelques uns des compositeurs contemporains dont Netia Jones a mis en scène les créations, avec un succès critique intégral. On dit parfois que les artistes de seconde catégorie se reportent sur des répertoires ardus et marginaux, dont les vedettes ne veulent pas. Rien de tel chez cette Britannique aujourd’hui demandée sur les plus grandes scènes : ce printemps, elle a mis sur pied en compagnie du chef Leonardo García-Alarcón une création très attendue d’Ercole amante, opéra baroque d’une compositrice oubliée, Antonia Bembo, à l’Opéra de Paris ; on se souvient aussi de son extraordinaire spectacle sur le cycle de mélodies de Schubert, Voyage d’hiver, avec le ténor Ian Bostridge, qui a fait le tour du monde. Et quand elle a conçu avec vidéo Kafka Fragments de György Kurtág pour l’Opéra royal de Londres, le Times y a vu « un petit miracle de perfection ». Spécialiste de formats inédits, elle a aussi produit une performance ad hoc pour le spectacle Everlasting Light incluant des musiques allant de Carlo Gesualdo (elle a une passion pour la musique ancienne et baroque) à György Ligeti, ou encore un spectacle en mapping sur les structures de la centrale nucléaire de Sizewell dans le cadre du Festival d’Aldeburgh, en Grande-Bretagne. Quoi qu’elle vise, Netia Jones touche juste : ses spectacles sont d’une inventivité visuelle et d’une pertinence dramaturgique telles qu’ils entraînent une forme d’enthousiasme assez rare.

Ercole Amante d’Antonia Bembo à l’Opéra Bastille, 2026. — © Bernd Uhlig

Le moteur de Netia Jones est la curiosité et sa ressource un travail infatigable. « Il y a toujours un peu de théâtre dans ma vie. J’ai toujours été une grosse travailleuse, je m’ennuie quand je ne travaille pas ou que je n’apprends pas ». Ça a commencé très tôt lorsqu’à l’âge de trois ans ses parents lui ont mis un violon dans les mains. « La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre », dit-elle volontiers pour expliquer sa vocation. Mère artiste, père musicien, cela aide en effet mais n’explique pas tout. À l’âge de treize ans, elle découvre que sa date anniversaire est la même que celle de Samuel Beckett : « Ce fut symboliquement très important pour moi ». Elle continue à mettre en scène ce maître du vide lors de ses incursions désormais rares au théâtre, qu’elle a délaissé pour l’opéra. « Avec Beckett, on n’a rien à disposition, sinon un texte et des comédiens. C’est une cure après l’exubérance du monde lyrique : on doit revenir à l’essentiel. »

Je m’ennuie quand je ne travaille pas ou que je n’apprends pas

Netia Jones

La physique et le suédois
À l’école déjà, la physique, la chimie et les maths la passionnent au même titre que la littérature. Elle apprendra plus tard les langues comme d’autres la cuisine, maîtrisant aujourd’hui, outre un français parfait et les langues de l’opéra (allemand, italien), un excellent suédois, pays où elle a beaucoup travaillé. À l’université, inscrite en littérature, ce qui en Grande-Bretagne comprend aussi bien la philosophie que l’histoire, elle ne cesse pourtant de bidouiller, geek avant l’heure, fascinée depuis toujours par la vidéo et le monde numérique.Entre ce qu’on lui a enseigné et ce qu’elle a appris seule, Netia Jones dispose d’un arsenal de savoirs et d’érudition qu’on peut qualifier d’exceptionnel. Elle est capable de signer aussi bien les décors, les costumes que la vidéo de ses spectacles, mais en insistant toujours sur le travail d’équipe autour d’elle. La vidéo, cependant, c’est pour elle : « Au début, je travaillais avec des vidéastes. Mais assez rapidement, j’ai eu besoin de m’emparer de l’outil moi-même, afin de l’intégrer de manière organique à la musique. Mon objectif a toujours été que ce soit profondément musical. La vidéo peut être un médium rigide, alors je tente de la rendre plus fluide et plus spontanée grâce à des logiciels. Elle peut être un élément de décor, d’éclairage, suggérer un lieu, une atmosphère. On peut jouer avec sa dimension narrative ou au contraire lui faire dire autre chose que ce qui est chanté sur scène, parce que la musique nous fait comprendre qu’il y a un hiatus entre ce qui est exprimé et ce qui est ressenti. Tout cela permet un réel élargissement des possibilités scéniques. »
Ni règles ni lois
Sans se revendiquer de la « seconde autorité » du metteur en scène, ce principe qui autorise aujourd’hui à utiliser le texte de théâtre ou le livret d’opéra comme une matière première dont il est permis de faire ce que l’on veut, Netia Jones estime qu’il « n’y a pas de règles ni de lois, ni d’obstacles à l’imagination.

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