La justice est pleine d’étrangetés, un recueil du XIXe siècle en témoigne
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La justice est pleine d’étrangetés, un recueil du XIXe siècle en témoigne

Publié le 27 August 2026 à 11:06
Auteur : Philippe Simon

Peut-on être condamné à aboyer? A-t-on le droit d’exiler une cloche? C’est arrivé, si l’on en croit l’obscur Barnabé WaréeOn doit peu de choses à Barnabé Warée (1794-1859), mais tout de même un étonnant livre publié l’année de sa mort chez Delahays, à Paris: un recueil de Curiosités judiciaires, historiques, anecdotiques. Warée, qui se présentait comme «éditeur des Annales du Barreau français», en avait en effet une pleine besace.On découvre ainsi, au rayon des bénéfices ecclésiastiques, cette étonnante coutume bretonne: «Les jésuites avaient un beau collège à Rennes, et ce qui avait contribué à son établissement, c’est qu’on y avait réuni le prieuré de Livré. Ce prieuré avait un droit seigneurial qui consistait en ce que toutes les nouvelles mariées étaient obligées, le jour de la fête de la patronne du prieuré, d’aller embrasser le seigneur-prieur, qui était assis dans une espèce de trône, sur la grande place du prieuré, pour y attendre et recevoir ce baiser féodal.»
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On y apprend également qu’en Pologne les calomniateurs étaient condamnés à se coucher à plat ventre face à leur victime, à se confesser puis à aboyer trois fois (car ils avaient menti comme des chiens). Ou qu’à Padoue les personnes punies d’une cession de biens devaient se taper le cul nu (trois fois aussi) contre une lapis vituperii («pierre du blâme») et crier: «Je cède mes biens!»On savait avant de lire Warée que la justice au Moyen Age condamnait quelquefois des bêtes: porcs, taureaux, mulots, et même un coq, à Bâle en 1474, parce qu’il avait pondu un œuf*. On savait moins que les objets pouvaient subir le même traitement. C’est pourtant ce que Warée dit être arrivé en 1498 à une cloche.
Les ânes ont bon dos
Mais pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de la «Piagnona», la cloche du couvent San Marco de Florence. C’est celle qu’agitèrent frénétiquement Savonarole et ses compagnons pour appeler à l’aide alors que les Palleschi, leurs ennemis mortels, prenaient d’assaut leur refuge, au dimanche des Rameaux 1498. Le virulent prédicateur sera pendu et brûlé le 23 mai suivant, et ses cendres dispersées dans l’Arno.Et la cloche, me demanderez-vous? Voici ce qu’en dit Warée: «Par une sentence des magistrats, cette cloche séditieuse fut condamnée à être promenée sur un âne par toute la ville en signe d’ignominie.» Elle sera ensuite condamnée (ça, Warée ne le précise pas) à l’exil hors des murs de Florence durant cinquante ans (ad standum extra civitatem Florentie, pro tempore et termino annorum 50 proxime futurorum). On ignore si elle a déposé recours.
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*Cela avait d’ailleurs fait l’objet en 1995 d’un beau livre – «Juger les vers. Exorcismes et procès d’animaux dans le diocèse de Lausanne (XVe-XVIe s.)» – de Catherine Chène, chercheuse à l’UNIL.

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