ÉDITORIAL. Les données économiques encouragent la Réserve fédérale américaine à maintenir ses taux directeurs à leur niveau actuel. Mais certains n’excluent pas qu’elle les remonte. Ce serait un geste doublement politiqueUn inhabituel mystère plane au-dessus de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui décidera ce mercredi de faire évoluer ou pas ses taux d’intérêt. La banque centrale va probablement maintenir le coût de l’argent à son niveau actuel, entre 3,5 et 3,75%. Les conditions macroéconomiques et géopolitiques du moment l’y incitent. Mais des théories ont émergé ces derniers jours pour expliquer pourquoi la Fed pourrait en fait remonter ses taux de référence. Une banque centrale ne s’occupe que de politique monétaire. Si la Fed augmente effectivement le loyer de l’argent, elle fera de la politique tout court.La Fed a un double mandat: assurer le plein-emploi et la stabilité des prix. Sur le premier front, les données sont encourageantes: le nombre de nouveaux chômeurs n’a jamais été aussi bas depuis 1969. Côté inflation, en revanche, la situation évolue largement selon les cours du pétrole, et donc selon l’intensité de l’affrontement entre Washington et Téhéran. Depuis cinq ans, l’inflation reste supérieure à l’objectif de 2% de la Fed, mais elle évolue dans la bonne direction. Or, un baril durablement supérieur à 100 dollars l’en empêcherait. L’argument du plein-emploi milite pour une stabilité des taux, celui des prix pour un relèvement.
Message politique
Si elle les remonte ce mercredi, la Réserve fédérale enverrait le message que son nouveau président, Kevin Warsh, est déterminé à lutter contre l’inflation. Que lui et les autres membres du comité ne veulent pas prendre le risque de la laisser s’accélérer, pour devoir réagir encore plus fort ensuite. Que Kevin Warsh fait ce pour quoi il a été choisi: remplir la mission de la Fed en toute indépendance. Une belle déclaration de politique.Ce que l’on peut lire aussi, c’est qu’un relèvement des taux ferait les affaires de Donald Trump. Paradoxalement, car le républicain pousse depuis des années pour que la Fed les abaisse le plus fortement et le plus vite possible, afin de soutenir l’économie. On parle ici des taux à court terme, fixés par la Fed.
Monter pour faire descendre
Le président a fini par comprendre que ce qui compte vraiment, ce sont les taux d’intérêt à long terme. Ils déterminent le coût de la dette du gouvernement fédéral, celui des hypothèques, les intérêts des cartes de crédit ou des crédits à la consommation. Bref, ce qui touche les Américains au quotidien.Or les taux longs sont déterminés par les marchés financiers, selon leur confiance dans l’action de l’administration contre l’inflation (et dans sa politique budgétaire). En prouvant sa détermination, Kevin Warsh alimenterait cette confiance et les taux longs reculeraient immédiatement, abaissant le fardeau de la dette et rendant l’immobilier plus accessible. Ce serait un effet dérivé de la décision de la Fed, qui ferait ainsi une deuxième fois de la politique, peut-être malgré elle.
Pour offrir la meilleure expérience, nous utilisons des technologies telles que les cookies afin de stocker et/ou d’accéder à des informations sur votre appareil. En consentant à ces technologies, vous nous permettez de traiter des données telles que votre comportement de navigation ou des identifiants uniques sur ce site. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut affecter négativement certaines fonctionnalités et fonctions.