La passion pour Frank Martin de Thierry Fischer, qui dirigera La Tempête en ouverture de saison, est ancienne et dévoranteThierry Fischer? Tout le monde le connaît à Genève. Mais il y est rare. Toujours en mouvement, volant d’orchestres en concerts. Né en Zambie par les hasards de la vie, Thierry Fischer a grandi, étudié et résidé sur les bords du Léman.Après avoir débuté comme flûtiste sous la férule d’Aurèle Nicolet, puis comme premier pupitre aux Opéras de Hambourg et de Zurich avant l’Orchestre de chambre d’Europe, le jeune musicien s’est formé à la baguette sous l’oreille bienveillante de Claudio Abbado. Il attrape le virus de la direction et, en 1992, il crée l’Orchestre de chambre de Genève (OCG), qu’il dirige cinq saisons, avant de partir à l’assaut du monde.Amsterdam, Belfast, le Pays de Galles, l’Utah l’appellent à la direction artistique de leurs formations symphoniques, comme aujourd’hui les orchestres de São Paulo et de la Castille y Leon. Il a beaucoup enregistré, y compris pour le prestigieux label Deutsche Grammophon pour son premier projet, en 1992, consacré à Frank Martin. Ce n’est pas un hasard : Thierry Fischer a tissé très tôt un lien puissant et durable avec le compositeur dont il est aujourd’hui un interprète de référence. En témoigne L’Odyssée, série de concerts entamée en 2024, pour les 50 ans de la mort du compositeur, avec l’ambition de faire entendre une quasi intégrale de son œuvre. La Tempête, opéra emblématique de Frank Martin qu’il dirigera en ouverture de la première saison du directeur Alain Perroux, y trouve donc une place naturelle.
Thierry Fischer. — © Marco Borggreve
Le projet
« Nous nous connaissons et nous apprécions depuis des années avec Alain Perroux. La Tempête nous passionne depuis longtemps, chacun de notre côté. Lorsqu’il a été nommé à la direction du Grand Théâtre, il m’a appelé et nous avons immédiatement évoqué cette partition. Il avait le désir de l’inscrire en ouverture dans une conception personnelle et engagée, et moi qui l’avais déjà abordée en version de concert et en allemand, je rêvais de la diriger dans une production scénique en français. Cela s’est fait naturellement. »
Frank Martin
« C’est une rencontre très mystérieuse et très puissante. En découvrant sa Ballade pour flûte au cours de mes études, j’ai été happé par l’obsessivité de la ligne mélodique qu’il déroule dans un intervalle très rétréci, donnant la sensation que le discours n’avance pas. Un peu comme moi alors, adolescent troublé qui ne se voyait aucun avenir intéressant et se sentait faire du sur-place. J’avais l’impression que le discours musical de Frank Martin, c’était moi. Cette musique m’a peu à peu captivé. Elle s’ouvre avec une patience souveraine, sans jamais forcer l’écoute, jusqu’à devenir une évidence. Plus tard, j’ai participé à un projet du chef Michel Corboz : la cantate Et la vie l’emporta, écrite jusqu’à dix jours avant la mort du créateur. Puis j’ai écouté et pratiqué ses œuvres pour chœur, orchestre, musique de chambre et toutes formes d’instrumentation, de Golgotha aux Six Monologues de Jedermann, Le Vin herbé ou le Polyptique, pour ne citer que les plus connues. J’étais toujours attiré vers son monde. Je n’ai jamais pu l’expliquer, mais une seule chose est sûre : sa musique me réconforte et a toujours été une lumière dans les moments d’ombre. J’ai dirigé tout ce qu’il a écrit et me suis lancé à corps perdu dans L’Odyssée qui compte 43 concerts et 75% de ses œuvres, à ce jour ! »
Je n’ai jamais pu l’expliquer, mais une seule chose est sûre : sa musique me réconforte et a toujours été une lumière dans les moments d’ombre
Thierry Fischer
Sa musique
« Pour moi, elle n’a rien de sévère. Rien de romantique non plus, bien sûr. C’est avant tout une langue très tenue et simple, dépouillée et profonde, qui s’impose en douceur dans le temps et l’espace. Les moyens sont économes : il y a peu de notes pour rendre une multitude de couleurs. Son souci et son soin du détail sont essentiels. Il est impossible de tricher avec lui. On est obligé d’être aussi honnête qu’il l’est pour trouver l’essence de sa musique. Et parallèlement, il reste tout le temps dans le récit, dans la valeur des mots, d’une façon concrète et suspendue à la fois. »
La Tempête
« Avec cet opéra, Frank Martin atteint une forme d’accomplissement. Son imaginaire a trouvé un écho dans l’œuvre mystérieuse et foisonnante de Shakespeare. Ce qui m’éblouit, c’est à quel point chaque détail est crucial pour représenter et symboliser musicalement le texte, dans un grand récit symphonique. Un peu comme la rosace d’une cathédrale où chaque élément et chaque teinte a sa place pour construire un ensemble vaste et clair. Je ne saurais mieux définir La Tempête que comme un monde enchanté. Un enchantement permanent. »
Son influence
« La musique de Frank Martin a plus qu’influencé ma manière de diriger. Elle l’a transformée. Elle m’a appris à laisser couler le flux
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