Jusqu’où ira l’extrême droite allemande, désormais aux portes du pouvoir ? La question se pose depuis la création de l’AfD (Alternative für Deutschland), en 2013, par une poignée de professeurs d’université eurosceptiques. Après une entrée triomphale au Bundestag en 2017, il lui a suffi de quelques années pour devenir le premier groupe d’opposition parlementaire, avec 28% d'intentions de vote au niveau national. "Personne n’avait imaginé qu’un tel parti puisse arriver un jour à ce niveau de popularité en Allemagne", reconnaît Albrecht von Lucke, politologue et rédacteur en chef de la revue politique Blätter. "Nous en sommes à la phase de la normalisation avant la prise de pouvoir", analyse-t-il.Une radicalité qui paye de plus en plus"Nous allons gouverner et peut-être même dès l’année prochaine", a déclaré Alice Weidel, la coprésidente de l’AfD, au congrès de Erfurt début juillet, pariant sur la chute précipitée de Friedrich Merz, le plus impopulaire des chanceliers de l’histoire de la République fédérale. "Nous allons diviser la CDU par deux", a ironisé son porte-parole Tino Chrupalla, en faisant référence aux promesses de Merz de "diviser par deux le nombre d'électeurs de l’AfD".Le mouvement n’est plus seulement un parti protestataire rassemblant des "Allemands en colère" (Wutbürger) ou des islamophobes. "C’est quasiment un parti populaire qui ratisse du centre jusqu’à l’extrême de l’extrême droite", analyse Wolfgang Muno, politologue à l’Université de Rostock. Soupçons d’espionnage au profit de la Chine, enquêtes sur un financement en provenance de la Russie, accusations de népotisme... Jusqu’à présent, aucun scandale n’a porté préjudice à l’AfD. Au contraire, plus elle est radicale, plus elle est populaire. Malgré ses positions de plus en plus extrémistes et ses déclarations banalisant le national-socialisme (qui ont conduit à une rupture avec le Rassemblement national français), l’AfD vole de succès électoraux en succès électoraux. Le 6 septembre prochain, l’Allemagne s’attend à un tremblement de terre politique lors des élections de Saxe-Anhalt, où l’AfD est en passe de remporter son premier Land. "Ce scrutin marquera un tournant politique en Allemagne", prévient Wolfgang Muno. Avec plus de 40% des intentions de vote, l’AfD pourrait gouverner cette ancienne région d’Allemagne de l’Est à la majorité absolue en termes de sièges. "La Saxe-Anhalt pourrait être le premier domino qui va faire tomber tout le reste", pense Albrecht von Lucke.Une région minée par sa pauvreté et sa moyenne d'âgeUlrich Siegmund, la tête de liste régionale de l’AfD, se considère comme le précurseur de cette "vague bleue" (couleur de l’AfD) qui doit déferler sur le pays. "Les élections de Saxe-Anhalt concernent toute l’Allemagne, assure-t-il en campagne. L’avenir du pays, c’est Alice Weidel comme chancelière !" Cet ancien représentant de commerce, spécialisé dans les parfums d’ambiance, est un pilier de l’aile la plus radicale du parti. Il ne cache pas avoir assisté à la "Conférence de Potsdam" du 25 novembre 2023 lors de laquelle a été évoquée un plan de déportation de millions de "citoyens allemands non assimilés". "Ah oui ! Cette petite réunion conviviale autour d’un café. J’y retournerais volontiers", répond-il aux journalistes qui l’interrogent sur ce rassemblement qui avait jeté 3 millions d’Allemands dans la rue contre l’extrême droite.L’élection de Saxe-Anhalt est d’autant plus cruciale qu’elle a levé un voile sur les projets concrets de l’extrême droite en Allemagne. Jamais un programme électoral n’avait été aussi radical et précis dans ses mesures. "Ils s’attaquent aux fondamentaux de notre société libérale", insiste Albrecht von Lucke. Grâce au système fédéral, l’AfD a les moyens de faire de la Saxe-Anhalt un laboratoire politique pour une transformation profonde du "système", par exemple dans l’éducation, la culture ou la police, qui sont les prérogatives des Länder.Dans le viseur : les médias, l'école, la cultureLa première institution visée sera l’audiovisuel public. L’AfD veut résilier le contrat avec l’Etat afin de supprimer la redevance qui finance la première chaîne de télévision publique (ARD) et les télévisions régionales (la MDR en Saxe-Anhalt, un équivalent d’une chaîne régionale de France 3). "Je ne veux plus payer pour de la désinformation", attaque Ulrich Siegmund, qui veut museler la "presse mensongère" (Lügenpresse).Dans le domaine de l’éducation, l’AfD projette de supprimer l’école obligatoire et de refondre les programmes. "L’AfD est en mesure de changer le contenu des livres scolaires du jour au lendemain grâce à la maison d’édition de Götz Kubitschek [figure intellectuelle de l’extrême droite ethno-nationaliste]", explique Wolfgang Muno, qui s’attend à un exode d’enseignants en cas de victoire de l’AfD. Plus question de réduire l’Histoire allemande à douze ans de national-socialisme : l’AfD veut en finir avec la "massue morale" de l’Holocauste et remettre en vedette des héros d’un récit national dont
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