Au «théâtre» des enchères horlogères en compagnie de Monsieur X
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Au «théâtre» des enchères horlogères en compagnie de Monsieur X

Publié le 03 October 2026 à 05:59
Auteur : Stéphane Gachet

Mise en garde: Monsieur X n’existe pas. En revanche, ses propos sont bien réels, recueillis auprès d’experts sous le couvert de l’anonymat. Parce que les ventes aux enchères ont leurs raisons que la passion des collectionneurs n’explique pas toujoursDes Patek Philippe et des Rolex qui enchaînent les adjudications à six ou sept chiffres. Des horlogers indépendants qui flambent sous le marteau alors qu’il y a à peine quelques années ils peinaient à écouler leurs montres neuves au dixième du prix de revente actuel. Rexhep Rexhepi, même pas 40 ans, a déjà frappé les 2 millions de francs. Dépassant certaines pièces du père putatif de la catégorie, Philippe Dufour, dont le propre record est à 4,75 millions de francs. Sans parler de François-Paul Journe, qui a crevé le plafond de la ligue ce printemps avec une montre partie à plus de 11 millions de francs.On pourra toujours dire que c’est un effet de la passion. On peut l’entendre: les montres dont il est question sont de vraies raretés, qui dépassent la masse des pièces vintage qui envahissent les sites de seconde main. Un état exceptionnel ou une provenance recherchée peut suffire à enflammer une salle des ventes. L’exemple ultime est la Rolex Daytona type «Paul Newman» partie à 17,7 millions de dollars chez Phillips en 2019, parce qu’elle a appartenu au seul et unique Paul Newman – la montre, elle, reste un produit de série. La François-Paul Journe à 11 millions n’a été produite qu’en deux exemplaires dans cette configuration – mais il en existe d’autres et le modèle est toujours en production.Encore faut-il savoir mettre en scène ces montres d’exception. En principe, une vente aux enchères est un spectacle millimétré, surtout lorsque les estimations atteignent six ou sept chiffres. Mais il y a parfois des dérapages qui mettent la machinerie à nu. La fameuse Omega «Frankenstein» de 1957, par exemple: rachetée plus de 3 millions de francs par Omega en 2022 et qui s’est révélée fausse.Un cas parmi beaucoup d’autres. A entendre certains connaisseurs du marché, les trophées qu’on se repasse, les manipulations et les petits arrangements sont monnaie courante. Ces anecdotes s’échangent en privé comme des blagues de comptoir. Mais le grand public n’en entend jamais parler, parce que tout se règle derrière des portes fermées, la première règle des enchères étant la discrétion. Heureusement, pour en parler, il y a Monsieur X.Le Temps: Monsieur X, si vous deviez donner un conseil à un collectionneur qui voudrait se lancer?Monsieur X: Caveat emptor!Traduction?Cela signifie que toute la responsabilité est du côté de l’acheteur. Un collectionneur doit toujours avoir ça en tête. C’est à lui de faire ses devoirs, de se renseigner et d’aller au fond du sujet avant de se lancer. Parce qu’une fois que le marteau est tombé, il peut avoir une mauvaise surprise.Cela signifie-t-il que la maison de ventes n’est pas tenue responsable?Exact. C’est écrit très clairement – bien qu’en tout petit – dans les mises en garde des catalogues de vente. Si ce n’était pas le cas, les tribunaux seraient complètement engorgés. Il y a tellement de faux qui circulent!Mais les montres qui passent aux enchères sont tout de même expertisées, non?En principe, oui. Mais il suffit de voir toutes les pièces qui sont retirées juste avant la vente pour comprendre que ce n’est pas une science exacte… On a vu récemment avec une F.P.Journe mise en vente à Genève et faussement répertoriée que même les vérifications de base ne sont parfois pas effectuées [l’horloger en personne a rectifié lui-même les faits début septembre sur son compte Instagram, ndlr]. Sans parler des tractations dans les coulisses dont on n’entend jamais parler. D’expérience, je peux vous dire que, quand il y a un problème sur une pièce chère, tout s’arrange très vite et très discrètement. Personne n’a intérêt à ce que ça se sache.Tout se passe pourtant en direct, en public.C’est du théâtre! Sur scène, on ne voit que le commissaire-priseur, son rôle est de chauffer la salle, mais ceux qui écrivent la pièce ne se montrent jamais.Etes-vous en train de dire que les enchères sont arrangées par avance?C’est le cas. J’ai moi-même joué le rôle d’intermédiaire dans certaines ventes. J’allais négocier partout. C’était au plus offrant. Et quand le prix proposé était trop bas, je leur disais: «Aiguisez vos stylos!»Cela semble assez légitime de vouloir vendre une pièce au meilleur prix, surtout si elle est exceptionnelle, non?Bien sûr. Cela n’empêche pas que le spectacle soit organisé. Le rôle de la maison de ventes est précisément de mettre en scène ces pièces exceptionnelles. Quand une montre vraiment remarquable se présente, tout le job consiste à trouver d’autres lots dans la même veine, pour habiller la mariée en quelque sorte. Et en parallèle, il faut s’assurer d’avoir des acheteurs intéressés.Vous voulez dire que les adjudications record sont des coups de bluff? La F.P.Journe à 11 millions de francs, par exemp

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