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Après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, l’Allemagne en terre inconnue
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Après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, l’Allemagne en terre inconnue

Publié le 07 September 2026 à 03:30
Auteur : Luc de Barochez

C’est dans le Land d’Anhalt, entre le massif montagneux du Harz et le fleuve Elbe, que le Parti national socialiste des travailleurs allemands, le NSDAP, réussissait pour la première fois, en mai 1932, à obtenir une majorité relative et à diriger le gouvernement d’un des quinze Etats constitutifs de la République de Weimar. Quelques mois plus tard, en janvier 1933, le chef du parti, Adolf Hitler, était élu chancelier à Berlin et jetait les bases de la dictature nazie. Ce rappel historique aide à comprendre l’ampleur inouïe du choc que constitue pour l’Allemagne démocratique contemporaine la victoire électorale, dimanche 6 septembre, du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), dans le Land de Saxe-Anhalt, avatar post-1945 du même Land que celui qui servit de tremplin aux nazis il y a 94 ans.Avec 43,8 % des suffrages exprimés, l’AfD a obtenu un score sans équivalent pour un parti d’extrême droite allemand depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle est devenue, de loin, le premier parti du Land, plus de 25 points devant l'Union chrétienne-démocrate (CDU) qui dirigeait depuis 2002 le gouvernement de ce territoire de l’ex-RDA. Le parti du chancelier Friedrich Merz s'est effondré : il n’a recueilli que 17,2 % des suffrages, 20 points de moins qu'aux élections régionales précédentes en 2021. "Merz affirmait qu’il voulait nous réduire de moitié, s’est félicité un chef de l’AfD, Tino Chrupalla, dimanche soir. Mais c’est nous qui avons réduit la CDU de moitié !".Avec 39 députés élus, la victoire de l’AfD cependant est insuffisante pour lui donner une majorité absolue au Landtag, le parlement régional de Magdebourg. Il lui manque trois sièges. Pourra-t-elle trouver dans les jours qui viennent un partenaire de coalition, comme le NSDAP en 1932 qui s’était allié avec le parti conservateur DVP pour faire élire son chef local, Alfred Freyberg, à la tête du gouvernement du Land ? Ou former un gouvernement minoritaire qui puisse être toléré par au moins un autre parti, qui pourrait être le BSW de Sahra Wagenknecht ? Cette petite formation populiste anti-immigration et pro russe, qui a obtenu 5,3 % des voix et 5 députés, se retrouve en situation de faiseur de roi en Saxe-Anhalt. Les quatre autres partis représentés au Landtag (CDU, SPD, Die Linke et Verts), qui tous ont rejeté par avance toute coopération avec l'extrême droite, ont obtenu ensemble 39 députés, exactement le même nombre que l'AfD à elle toute seule.Interrogé à la télévision allemande ARD dimanche soir, le chef de file de l’AfD de Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, n’a pas fermé la porte à une coalition voire à une défection en sa faveur de députés de partis concurrents. "Nous tendons la main vers toutes les forces possibles", a-t-il dit. Une autre dirigeante de l’AfD, Alice Weidel, a estimé que son parti avait, quoi qu’il arrive, reçu dimanche "un mandat clair" des électeurs du Land pour constituer le gouvernement régional.Un séisme pour la politique berlinoiseLa Saxe-Anhalt est l’un des plus petits Länder de l’Allemagne, avec 1,8 % du PIB fédéral et 2,6 % de la population. Ses habitants sont aussi les plus âgés du pays (48,3 ans en moyenne), des chiffres qui illustrent le décrochage économique structurel de cette région frappée par une émigration massive des jeunes vers les Länder de l’Ouest depuis la réunification de 1990. Malgré la modestie du Land, cependant, le choc politique provoqué par le scrutin de dimanche s’apparente à un séisme pour la politique berlinoise. La gifle infligée au chancelier Merz et à sa coalition est retentissante.Les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote sont clairs : les électeurs ont, dans leur grande majorité, voulu saisir l’occasion pour infliger une leçon au gouvernement Merz. La CDU locale a fait les frais de la colère dirigée contre un chancelier impopulaire à qui la population reproche pêle-mêle la stagnation économique et la cherté de la vie, mais aussi son style cassant et ses promesses peu suivies d’effets. Merz est aux yeux de beaucoup d’Allemands de l’Est l’incarnation de l’Allemagne occidentale prospère et démocratique, liée à l’Amérique et insérée dans l’Union européenne.L’AfD au contraire promeut l’euroscepticisme et la sortie de l’euro ; le rapprochement avec la Russie pour retrouver des sources d’énergie bon marché ; l’arrêt de la transition vers les énergies renouvelables ; le réarmement de l’Allemagne dans un cadre national plutôt qu’européen. Elle est un parti protestataire, identitaire, protectionniste, qui méprise les élites et qui cultive la nostalgie de l’égalitarisme de l’époque communiste. Certaines de ses fédérations, et notamment celle de Saxe-Anhalt, défendent des thèses extrémistes, en prétendant encourager la "remigration" des populations issues des pays musulmans.Néanmoins, le parti ne s’inscrit pas dans la continuité du nazisme, contrairement au NPD néonazi (rebaptisé Heimat en 2023). L’AfD est plus proche idéologiquement de partis comme le RN français, le PVV néerlan

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