Abdul El-Sayed, le professeur d’épidémiologie musulman qui fait trembler les conservateurs du Michigan
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Abdul El-Sayed, le professeur d’épidémiologie musulman qui fait trembler les conservateurs du Michigan

Publié le 05 October 2026 à 04:00
Auteur : Boris Busslinger

D’ores et déjà l’une des stars des prochaines élections de mi-mandat, Abdul El-Sayed a défié les pronostics en remportant l’investiture démocrate au poste de sénateur du Michigan. Très populaire à la gauche de la gauche, il doit encore prouver qu’il parviendra à rassembler au centre pour emporter cet Etat pivot indispensable à une reprise démocrate de la Chambre hauteEn 2007, Abdul El-Sayed terminait son bachelor en biologie et science politique au rang de major de promotion. Sa performance académique lui valait les louanges de Ronald Koenig, directeur du programme de formation de la Faculté de médecine de l’Université du Michigan: «Abdul est l’un des étudiants les plus accomplis, les plus mûrs et les plus déterminés de notre université.» Tout comme la charge et le privilège de prononcer le discours de fin d’année des étudiants lors de la cérémonie de remise des diplômes. Or, cette année-là, l’orateur principal et invité d’honneur n’est autre que le 42e président des Etats-Unis: Bill Clinton. Le natif de Hope (Arkansas) prend la parole juste après Abdul El-Sayed, qui avait parlé de l’importance de sa foi (il est musulman) dans son parcours académique.«J’aurais aimé que toutes les personnes dans le monde qui croient que nous sommes voués à un choc des civilisations et incapables de surmonter les clivages religieux aient pu vous entendre parler aujourd’hui», salue Bill Clinton. Avant de poursuivre sur son propre script. L’ancien locataire de la Maison-Blanche n’en a cependant pas fini avec son préopinant, qu’il interpelle à la fin des festivités. «Pourquoi vas-tu faire des études de médecine? demande-t-il à l’étudiant. Tu as un don pour la parole, j’espère que tu envisageras une carrière dans la fonction publique.» Abdul El-Sayed, qui a raconté l’histoire des années plus tard, dit lui avoir répondu: «Monsieur le Président, je ne sais pas si vous avez remarqué mon prénom, mais il comporte 11 lettres (Abdulrahman), je ne sais pas si cela sera possible.» Près de vingt ans plus tard, il pourrait devenir le premier sénateur musulman de l’histoire des Etats-Unis.
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Capitaine de trois équipes sportives, major de promotion, docteur à Oxford
«Excellente nouvelle pour le Parti républicain. El-Sayed, un communiste raté qui déteste les Juifs et Israël, est donné vainqueur», commentait Donald Trump le 5 août dernier, tandis que l’épidémiologiste remportait la primaire démocrate face à Haley Stevens. Une victoire largement analysée comme un signe du déclin de l’influence du puissant lobby pro-israélien Aipac (American Israel Public Affairs Committee), qui finançait son opposante. Le conflit israélo-palestinien, qu’Abdul El-Sayed le veuille ou non, structure une bonne partie de sa campagne. Tout comme la montée de l’autoritarisme au Moyen-Orient a pesé sur sa naissance aux Etats-Unis.Issu d’une famille égyptienne, son père, Mohamed, un activiste de gauche pro-démocratie, fuit le gouvernement autocrate d’Anouar el-Sadate pour rejoindre les Etats-Unis en 1970. Ingénieur, ce dernier s’installe au nord de Detroit, où il travaille pour l’industrie automobile. Sa mère, Fatten, est infirmière. Le couple divorce rapidement et Abdul El-Sayed, qui naît en 1984, sera avant tout élevé par sa belle-mère, Jacqueline Johnson, une ingénieure américaine. Le futur candidat au Sénat grandit enfant unique, quoiqu’il ait un demi-frère et une demi-sœur beaucoup plus jeunes que lui. Au lycée, il est élu capitaine de trois équipes sportives en même temps (lutte, football américain et lacrosse). En 2006, il rencontre sa femme, Sarah Jukaku, par l’intermédiaire de l’association des étudiants musulmans de l’université. Ils ont deux enfants.
Plus jeune directeur de la Santé de la ville de Detroit
Brillant, Abdul El-Sayed poursuit ensuite une fulgurante carrière académique. Il décroche tout d’abord une bourse couvrant l’intégralité des frais de scolarité de la Faculté de médecine de l’Université du Michigan. Puis, à la fin de son cursus, grâce à une deuxième bourse, il part à Oxford (Angleterre), où il obtient un doctorat en philosophie de la santé publique (2011). A son retour aux Etats-Unis, il devient maître de conférences en épidémiologie à l’Université Columbia. Avant, en 2015, à seulement 30 ans, de prendre la tête du Département de la santé de la ville de Detroit (650 000 habitants). Il est alors le plus jeune à ce poste d’une grande ville américaine dans tous les Etats-Unis. En 2018, il se présente au poste de gouverneur du Michigan. Sans succès. Enfin, en 2022, il prend la direction de la Santé du comté de Wayne (1,8 million d’habitants répartis à Detroit et au sud de la ville), dont il démissionne en 2025 pour faire campagne.
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